Infomaniak consacre une part de sa croissance annuelle au financement d’organisations non lucratives qui œuvrent pour la justice sociale, la préservation de la biodiversité, la régulation des industries nocives pour l’environnement et la mise en place de politiques environnementales ambitieuses. Parmi les bénéficiaires : Amnesty International, Reclaim Finance, Kokopelli, Public Eye, la Wikimedia Foundation. Nous soutenons également Agent Green depuis 2021, l’ONG sur laquelle nous voulons revenir aujourd’hui.
À quoi sert concrètement cet argent ? Pour l’expliquer, nous avons rencontré Gabriel Paun, fondateur d’Agent Green, dans nos bureaux à Genève en décembre 2024, alors qu’il venait de recevoir le prix Champion de la Terre, la plus haute distinction environnementale des Nations Unies. Son ONG se bat depuis 2009 pour sauver les dernières forêts primaires d’Europe.
Agent Green : une équipe de football qui fait plier les gouvernements
Roumain, spécialiste en sciences naturelles, Gabriel Paun défend l’environnement depuis 2001. Agent Green est une petite organisation, pas plus grande qu’une équipe de football, mais chaque euro est utilisé : dialogue, enquête, dénonciation, manifestation quand c’est nécessaire, et procès contre les entreprises et les gouvernements.
Agent Green a déposé des centaines de plaintes et porté des affaires jusqu’aux institutions européennes. L’ONG n’accepte aucun financement public, ne dépend que de dons privés et de soutiens comme celui d’Infomaniak. Et elle n’épargne personne : famille royale, église, propriétaire privé ou État, Agent Green les confronte tous de la même manière.
Toutes les menaces que j’ai subies ne signifient rien pour moi. Je dois continuer parce que je ne peux pas désapprendre ce que j’ai appris. Et j’ai appris que la planète souffre et a besoin de guérison. Si je m’arrêtais, je serais moralement mort. Et pour moi, la mort morale est la plus douloureuse de toutes. — Gabriel Paun, Champion de la Terre 2024
Chez Infomaniak, quand nous investissons dans la protection de l’environnement, c’est pour financer ce type d’organisations : petites, indépendantes et efficaces.
25 ans pour sauver une forêt. Pour toujours.
La Roumanie abrite les deux tiers des dernières forêts primaires d’Europe, principalement le long des Carpates. Ces forêts fournissent des services écologiques essentiels à des millions de personnes et abritent certaines des plus grandes populations de grands carnivores du continent. C’est ce patrimoine qu’Agent Green protège.
Lors de notre entretien, Gabriel Paun a partagé deux victoires récentes.
1. Un parc national entier, protégé pour toujours
Il a fallu 25 ans d’enquêtes, de publications scientifiques, de procédures judiciaires et de résistance pour obtenir sa protection stricte et définitive, désormais inscrite au journal officiel de l’État roumain. Nous avons résisté, insisté et persisté. — Gabriel Paun
Le parc national de Retezat est le premier parc national de Roumanie, créé en 1935. Mais malgré ce statut, la majeure partie de ses forêts était ouverte à l’exploitation. Le bois partait dans une centaine de pays, pour la construction ou pour des pellets de chauffage exportés en Europe occidentale. Ce bois se trouve peut-être dans votre maison sans que vous le sachiez.
2. Des forêts anciennes arrachées à l’exploitation massive
Cinq ans de combat. Nous les avons attaqués en justice. Nous avons gagné. — Gabriel Paun
Ces forêts appartenaient à la famille royale de Roumanie. La nouvelle génération avait perdu le lien avec ces terres et ouvert les coupes à grande échelle. Des blessures ont été infligées à ces forêts, mais ça n’ira pas plus loin. On y trouve aujourd’hui des arbres géants qu’il faut une salle entière de gens pour enlacer. Ils sont protégés pour toujours.
Pourquoi protéger une forêt primaire ?
Les chiffres donnés par Gabriel Paun permettent de mesurer ce qui est en jeu :
- Un seul hectare de forêt primaire produit l’oxygène que respirent 170 personnes pendant un an.
- Chaque hectare stocke 200 tonnes de carbone.
Et ce n’est pas qu’une question de climat :
De mon vivant, la Terre a perdu 80% de sa biomasse de biodiversité. Il ne nous reste que 20%. Les fourmis, les abeilles, les pollinisateurs qui permettent à nos cultures de pousser : nous dépendons de tout cela pour survivre. — Gabriel Paun
Il insiste sur une distinction importante : il y a une différence entre une forêt et une plantation d’arbres. Les plantations en monoculture, avec leurs cycles de coupe, leurs machines lourdes, leurs pesticides et engrais, fonctionnent comme un champ de maïs ou de soja. On plante, on coupe, on plante, on coupe. Ce ne sont plus des forêts. Ce sont des champs d’arbres.
De la notion de durabilité à la santé planétaire
Gabriel Paun porte un regard critique sur la notion de durabilité. Pour lui, c’est un concept qui a échoué parce qu’il n’est pas mesurable. Il insiste pour qu’on parle plutôt de santé planétaire :
Avant et après chaque activité humaine, posons la question : quel est l’impact sur le nombre d’espèces, sur la biomasse, sur l’état du vivant ? Si le bilan est neutre ou positif, vous contribuez à la santé de la planète. Sinon, vous accélérez sa dégradation. — Gabriel Paun
Cela implique un changement de perspective. Les humains sont des créatures extraordinaires, dit-il, mais nous faisons partie d’une chaîne.
Nous devons nous décentrer, être un peu plus humbles face à la Terre, et considérer toutes les espèces comme également importantes. C’est à cette condition qu’on pourra sauver la nôtre. — Gabriel Paun
Le fast furniture et le choix éduqué
Chaque achat est un choix. Gabriel Paun cite l’exemple d’IKEA et de ce qu’il appelle le « fast furniture » : du mobilier à courte durée de vie, conçu pour être remplacé rapidement, comme la fast fashion.
Le fast furniture, c’est comme la fast fashion. Plus le meuble dure peu, plus il faut de bois, plus on coupe. — Gabriel Paun
Sa proposition est radicale : si un chêne vit 500 ans dans la nature, la table à manger qu’on en tire devrait durer au moins aussi longtemps.
Un meuble, ce n’est pas des chaussettes. C’est quelque chose qui devrait être beau et traverser les générations. Les châteaux en sont la preuve. — Gabriel Paun
Son alternative concrète : aller voir un menuisier local. Un métier séculaire en voie de disparition. Un artisan qui ne veut pas blesser sa forêt, qui coupe un seul arbre tous les quelques ans et en fait des meubles de qualité. Peut-être un peu plus cher, mais pour toujours.
C’est ce que Gabriel Paun appelle un choix éduqué :
À chaque décision d’achat, posez-vous deux questions : est-ce que j’en ai vraiment besoin ? Et si oui, est-ce que je peux le garder le plus longtemps possible ? — Gabriel Paun
Ces forêts existent et il est possible de les visiter
Il est possible de visiter les forêts qu’Agent Green a sauvées. L’équipe de Gabriel Paun accompagne les visiteurs ou leur indique le chemin. Idéalement en train.
Entrer dans une forêt primaire, c’est traverser un pont dans le temps. On ne sait plus si on est en 2024 avant ou après Jésus-Christ. Sauf si un avion passe dans le ciel, rien ne vous le dira. — Gabriel Paun
On y croise des familles d’ours bruns, des loups, des lynx, des aigles royaux. Pas besoin d’aller jusqu’à Yellowstone : l’ours brun européen est la même espèce que le grizzly. Il est ici, au cœur de l’Europe, à un ou deux jours de train de la Suisse.
Pour organiser une visite, soutenir la campagne contre le fast furniture ou faire un don, rendez-vous sur agentgreen.ro. Gabriel Paun est aussi le sujet de Wild East, un court métrage documentaire sur la protection des forêts anciennes de Roumanie, dont la sortie est prévue cet été. Vous pouvez soutenir le projet ici.
Si vous êtes client Infomaniak, vous contribuez déjà à ces actions. Pour découvrir l’ensemble de nos engagements, consultez notre rapport d’impact.
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mercredi 15 avril 2026

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